Histoire
et patrimoine

Petite chronologie du
Lycée Bertrand d’Argentré

Du manoir Boisjean, construit à la fin du XVIe siècle jusqu’à nos jours, le Lycée Bertrand d’Argentré a connu bien des avatars.

À la fin du XVIe siècle
Porte de la chapelle du lycée1696-1790
1803
1825
1831
1853
1890
Archives du lycée1908
1914-1918
1935
1939-1945
Le cloître avant les travaux de la 1re tranche - juillet 1961 - Archives du lycée1960
Achèvement des travaux de la 1re tranche - mars 1963 - Archives du lycée1963
1970
1972
1974
Yves Moignet, Lycée Bertrand d’Argentré, extension, plan de masse, Archives de Vitré, M 851975
1976
1984
Yves Moignet, Lycée Bertrand d’Argentré, élévation des façades, Archives municipales de Vitré, 6W51986
Le CDI du lycée, prolongement des bâtiments d’Yves Moignet2006
La chapelle du lycée restaurée2024

Le Manoir Boisjean

Le bâtiment actuel a été fortement remanié à travers les siècles (surélévation, percements, redistribution interne). Peu d’éléments d’origine subsistent.

Le couvent des Ursulines

Les Ursulines de Laval font l’acquisition du manoir Boisjean et construisent le couvent. Les religieuses y ont résidé jusqu’à la Révolution, s’occupant de l’éducation de jeunes filles pauvres.

De cette période figurent à l’inventaire des monuments historiques :
le retable de la Chapelle - classé.

la porte de la chapelle - inscrite.

© Monuments historiques 1994

Le collège de garçons

6 fructidor de l’An XI de la République (24 août 1803) les bâtiments, auparavant communauté des Ursulines, sont cédés à la Commune de Vitré par délibération du Gouvernement de la République et accueillent un collège de garçons.

Le petit séminaire

Au cours de la Restauration, le collège devient un petit séminaire.

Le collège de garçons

La Monarchie de Juillet, après avoir chassé les prêtres, supprime le petit séminaire, mais il est décidé, devant l’émotion que ces mesures ont soulevée parmi la population, d’y maintenir des Principaux Ecclésiastiques.

Le collège privé Saint Augustin

D’importants travaux sont engagés par l’établissement (construction de préaux, redistribution des espaces intérieurs).

Construction de l’aile ouest comprenant au sous-sol des bains-douches et aux étages supérieurs les logements de fonction.

Le collège municipal de garçons

Suite à la loi de séparation de l’église et de l’état (1905) et à l’expiration de la convention liant la ville au collège privé, celui-ci devient municipal.
De nombreux travaux sont engagés : transformation de la chapelle en salle des fêtes, élargissement de sa cour par la destruction de la porterie et de la chapelle latérale, redistribution des espaces intérieurs.

Archives du lycée

L’établissement devient durant le conflit l’hôpital militaire temporaire n°10.

L’établissement accueille les jeunes filles du collège Sévigné, vendu par la ville.

L’établissement accueille un Service de santé.

Le collège devient lycée.

D’importants travaux sont engagés sur les bâtiments anciens : surélévation permettant l’aménagement de dortoirs pour les garçons, escalier extérieur, équipements sanitaires.

Le cloître avant les travaux de la 1re tranche - juillet 1961 - Archives du lycée

Le lycée municipal mixte de Vitré est nationalisé par un décret du 14 décembre 1963 paru au Journal officiel le lendemain. Cette nationalisation prend effet au 15 septembre 1963.

Achèvement des travaux de la 1re tranche - mars 1963 - Archives du lycée

L’établissement qui scolarise des élèves du primaire à la terminale est trop à l’étroit en ses murs. L’école Jean Guéhenno accueille les écoliers et un collège - dépendant du lycée - est construit à proximité. Il portera le nom de Gérard de Nerval.

Le lycée porte désormais le nom de Bertrand d’Argentré.

Il accède au rang de Lycée d’État.

L’architecte Yves Moignet, grand prix de Rome, livre la première extension moderne. Les trois ailes selon un plan en Y asymétrique convergent sur un patio ouvert. Dans le bâtiment B, autour d’un hall qui accueille la lumière du matin, une salle audiovisuelle, un atelier d’arts plastiques, une bibliothèque offrent à la communauté éducative des espaces nouveaux.

Yves Moignet, Lycée Bertrand d’Argentré, extension, plan de masse, Archives de Vitré, M 85

Le CES (futur collège Gérard de Nerval) devient autonome.

Le lycée se dote d’un restaurant. Il le partageait auparavant avec le collège.

Rappelé par la municipalité de Vitré, l’architecte Yves Moignet prolonge la première extension d’une seconde sur quatre niveaux (bâtiment C).

Yves Moignet, Lycée Bertrand d’Argentré, élévation des façades, Archives municipales de Vitré, 6W5

Les architectes Valérie Tréguier et Gwenaëlle Velly prolongent les bâtiments d’Yves Moignet par un CDI.

La chapelle du lycée bénéficie d’une restauration complète.

Au fait, qui était
Bertrand d’Argentré ?

Né à Vitré en 1519, Bertrand d’Argentré était un juriste et historien breton, considéré aujourd’hui comme l’un des « pères du droit international privé ». Sénéchal puis président du présidial de Rennes, c’était surtout un esprit libre et passionné : sa bibliothèque personnelle comptait plus de 2 600 ouvrages, l’une des plus grandes de Bretagne à l’époque, digne d’un véritable humaniste de la Renaissance !

Petite anecdote : son Histoire de Bretagne, commandée par les États de Bretagne et publiée en 1582, a été saisie dès sa parution sur ordre du roi de France… qui n’a pas du tout apprécié son ton un peu trop attaché aux libertés bretonnes ! Il aura fallu une version « expurgée » en 1588 pour qu’elle puisse circuler officiellement.

Le lycée porte fièrement son nom depuis 1972, en hommage à ce Vitréen illustre.

Portrait dessiné de Bertrand d’Argentré

Bertrand d’Argentré

Le 14 octobre 1972, le lycée a reçu le nom d’un Vitréen illustre, Bertrand d’Argentré, né en 1519, décédé en 1590, jurisconsulte reconnu comme père du droit international privé.

Sénéchal de Rennes, hostile aux prétentions royales, Bertrand d’Argentré fut le champion du particularisme provincial, de la féodalité et du droit coutumier contre le droit romain, la prérogative royale et la centralisation judiciaire et administrative.

S’enfermant dans la défense d’une société qu’il voulait immuable, il rejoignit la Ligue et son chef en Bretagne, le Duc de Mercoeur.

Ses idées se retrouvent dans de nombreux ouvrages de droit, la plupart écrits en latin et une histoire de la Bretagne qui parut en 1582.

Pierre Gourdel, Buste de Bertrand d’Argentré, 1848 | photographie Jean-Manuel Salingue – Musée des Beaux-arts de Rennes

Bertrand d’Argentré naît à Vitré le 19 mai 1519. Son père, Pierre d’Argentré, après avoir suivi de solides études de droit, a exercé la charge de sénéchal à La Roche Bernard en 1513, à Châtillon et à Quintin en 1517. La famille d’Argentré vit à Vitré et fréquente la cour de Guy XVI, comte de Laval. Elle s’installe à Rennes en 1527 quand Pierre d’Argentré y est nommé sénéchal.

Bertrand d’Argentré s’engage dans des études de droit à Orléans puis à Poitiers. A leur issue, il devient sénéchal de Vitré en 1541 et prend la succession de son père à Rennes en 1547 et préside à partir de 1552 le présidial de Rennes, juridiction d’appel qui s’étend de Châteaubriant à Morlaix.

Bénéficiant de la protection des seigneurs de Vitré et des bonnes relations que son père avait su entretenir avec François 1er, Bertrand d’Argentré s’oppose néanmoins à la volonté réformatrice de Henri II qui crée par l’édit de Fontainebleau en 1554 le Parlement de Bretagne. Entre le présidial de Rennes dirigé par Bertrand d’Argentré et cette nouvelle assemblée les conflits deviennent nombreux.

Le défenseur de la coutume contre le droit romain

Bertrand d’Argentré est l’auteur d’une grande oeuvre juridique consacrée essentiellement à l’interprétation du droit coutumier breton. Il réexamine la rédaction officielle de l’Ancienne coutume de Bretagne produite en 1539 par des magistrats français. Il se livre à une critique sans concession de ce texte officiel dans Coutumes générales des pays et duché de Bretagne (1568) puis dans son Advis sur le partage des nobles (1570) et dans ses Commentaires (1576, 1584). En 1580 Bertrand d’Argentré participe à la réformation du texte de l’Ancienne coutume autorisée par Henri III publiée sous le titre de Nouvelle coutume lors de la session des Etats de Bretagne à Ploermel.

L’historien de la Bretagne

Lors de ces Etats, il lui est passée commande d’Une Histoire de la Bretagne.

Rédigé en français afin de toucher un large public, l’ouvrage est achevé à la fin de l’année 1582. Imprimé à Paris, il est saisi sur décision royale en raison des appréciations de son auteur sur les rois et le royaume de France. Une commission royale est chargée d’en retirer les passages litigieux et une édition expurgée paraît en 1588 en parallèle d’une édition clandestine…

Après l’assassinat du duc de Guise à Blois en 1588, il choisit le camp du duc de Mercoeur et de la Ligue et s’oppose une nouvelle fois au pouvoir royal et rêve d’une bretagne indépendante. La sédition échoue.

Retiré au château de Tizé (aujourd’hui Thorigné Fouillard), il y meurt le 13 février 1590. Il est enterré à l’église des cordeliers de Rennes, puis réinhumé à l’église Saint-Germain.

Manoir de Tizé

Stéphane Bigot

Bibliographie

Séverine Debordes-Lissillour, Les sénéchaussées royales de Bretagne, Presses universitaires de Rennes, 2006.

Jean Kerhervé, « Écriture et récriture de l’histoire dans l’Histoire de Bretaigne de Bertrand d’Argentré. L’exemple du Livre XII » In : Chroniqueurs et historiens de la Bretagne : du Moyen âge au milieu du XXe siècle, Presses universitaires de Rennes, 2001.

Alain Tanguy, « Bertrand d’Argentré, le champion des libertés bretonnes », ArMen, n° 142, 2004.

Francisco Sobrino
un artiste majeur de l’art optique

Le Lycée Bertrand d’Argentré compte en ses murs deux œuvres de Francisco Sobrino réalisées en 1980 par l’artiste lors de la construction des bâtiments B, E et I.

La première est une sculpture en métal peint intitulée Transformation Mil 2 située dans le patio de l’externat.

La seconde, une mosaïque intitulée Interrelation 8, est fixée sur le mur ouest de l’internat féminin donnant sur le complexe sportif des Promenades.

Projetées par l’artiste dès novembre 1977 en concertation avec l’architecte Yves Moignet, Grand Prix de Rome, qui a signé les extensions modernes de l’établissement, ces deux œuvres ont été produites dans le cadre du 1 % artistique.

Francisco Sobrino, Transformation Mil 2, 1980 | © Région Bretagne | Gaulin-Crespel Delia

Francisco Sobrino, Interrelation 8, 1980 | © Région Bretagne | Gaulin-Crespel Delia

Francisco Sobrino devant Interrelation 8 | Archives familiales

Né en 1932 à Guadalajara, en Espagne. Francisco Sobrino débute ses études de peintre et de sculpteur à l’Ecole des Arts et Métiers de Madrid entre 1946 et 1948. Installé en Argentine en 1949, il se forme à l’École des Beaux Arts de Buenos Aires de 1950 à 1957. C’est à cette époque que son travail s’oriente vers l’abstraction géométrique.

En 1959, Sobrino s’installe à Paris avec Julio Le Parc, rencontré en Argentine, et co-fonde le Groupe de Recherche d’Art Visuel (GRAV). En 1965, ses œuvres sont présentées au Museum of Modern Art (MoMA) de New York lors de l’exposition Responsive Eye qui fera date dans l’histoire de l’Op Art et de l’art cinétique.

Présente dans de nombreuses expositions à travers le monde et figurant dans des collections modernes et contemporaines de musées majeurs (Museum of Fine Arts, Houston, Texas ; Musée d’Art moderne Georges Pompidou, Paris, Fondation Peggy Guggenheim, Venise), son oeuvre explore les relations de l’espace et du spectateur en incitant ce dernier à une participation active.

Structure permutationnelle C.U.P. 2B, Museo Nacional Centro de art Reina Sofia, Madrid, Espagne.

Espace indéfini, 1968, Museum of fine arts, Houston, U.S.A.

Transformation Instable–Superposition Juxtaposition, 1963, Fondation Peggy Guggenheim, Venise.

17 novembre 1977 Francisco Sobrino adresse à l’architecte Yves Moignet son projet d’une sculpture en métal peint intitulée Transformation Mil 2. Il joint à son envoi une photographie d’une maquette.

Les dimensions de la sculpture sont fixées par l’artiste : 185 x 150 x 150 cm qui la présente comme une étude à base d’éléments géométriques. Installée dans le patio alors que celui-ci n’est pas achevé, l’oeuvre devait être placée sur un socle hexagonal en ciment de 40 cm de hauteur. Surtout l’architecte avait prévu une terrasse en U et des escaliers afin de favoriser la circulation des spectateurs autour de l’oeuvre.

Le projet de la mosaïque murale fait l’objet d’une esquisse de l’artiste.

L’oeuvre – 650 x 650 cm – est composée de 64 carrés combinant 8 couleurs.

Francisco Sobrino, maquette de transformation Mil 2, Archives du lycée

Yves Moignet, Coupe AB, projet 10A – détail , mai 1974, Archives de Vitré, 4 M 85

Sobrino, esquisse de Interrelation 8, 1977 | Archives du lycée

30 janvier 1979 Le préfet de la Région Bretagne par arrêté, donne son agrément à l’artiste pour exécuter les deux oeuvres projetées. Arrêté préfectoral du 30 janvier 1979, Archives du Lycée.

2 juillet 1981 L’architecte Yves Moignet établit le procès verbal de réception des travaux de décoration à la date du 1er décembre 1980. La réception des travaux est prononcée par la commission présidée par la DDE en présence de l’artiste et du chef d’établissement.

Une soeur jumelle de Transformation Mil 2 se trouve sur le campus de l’Université Polytechnique de Valence (Espagne).

De dimensions identiques, elle est seulement orientée différemment et joue avec la lumière.

Pour en savoir plus sur Francisco Sobrino

Monographies

Lélia Mordoch, Françoise Armegaud, Frank Popper, Matthieu Poirier, Sobrino, éditions Lélia Mordoch, 2007.

Mathieu Poirier, Sobrino : tours et alentours 1958-1971, Galerie Philippe Jousse, 2013.

Francisco Sobrino, Modus operandi, Galerie Mitterrand, 2017

Catalogues d’exposition

Stratégies de participation. Grav – Groupe de recherche d’art visuel. 1960/1968, Le Magasin – Centre national d’Art contemporain de Grenoble, 1998

Mouvement, lumière, participation, GRAV 1960-1968, Musée des Beaux-Arts de Rennes, 2013

Dynamo, un siècle de lumière et de mouvement dans l’art 1913-2013, Réunion des musées nationaux – Grand Palais, 2013

Stéphane Bigot
Référent culture